Itou

Modérateurs: animal, Léo

By Spleen
#33854 Hello le SpikeClub,
J'ai une petite question. J'ai acheté Pitié pour les femmes de Henry De Montherlant, et je remarque sur la 4e de couverture que c'est le deuxième volume de Les Jeunes Filles. Etant donné que c'est le premier Montherlant que je vais lire, je vais pas être paumé au niveau du récit, des personnages et des lieux ? C'est bien pour commencer avec cet auteur ? Ou vaut il mieux que je commence avec le premier livre du cycle ?

Merci d'avance :D
Bonne journée
By Tgaud
#33857 J'ai lu les deux. Personellement j'ai préféré "les jeunes filles" mais je ferait une deuxieme lecture du second livre pour en etre certain.

En ce qui me concerne, je te conseillerai de commencer par le début.
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By Lush
#33860 Cela étant, Pitié pour les femmes se lit sans problème sans avoir lu les Jeunes Filles.
By Spleen
#33865 Bon, j'ai commandé Les Jeunes FIlles, donc le 'souci' est réglé.

Grand merci à vous deux :wink:
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By Stéphane
#33896 J'ai déjà écrit 40 fois de commencer par le deuxième tome, pitié pour les femmes
By Alessandro
#33904 mais si tu pouvais dire une seule fois le "pourquoi " ce serait sympa.
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By Stéphane
#33909 [quote="Alessandro"]mais si tu pouvais dire une seule fois le "pourquoi " ce serait sympa.
Je l'ai déjà fait, et quand bien même ce ne serait pas le cas, change de ton.


Le premier tome est épistolaire, quasimment sans "action" et sans recul sur les lettres, ce qui au global constitue une entrée en matière abrupte et qui en a découragé plus d'un, et pas des plus cons (Blusher, etc)


Commencer par le II ne gêne en rien la compréhension, et vous aurez bien le temps de revenir au I à la fin si vous le souhaitez, une fois dans le rythme Montherlant
By Alessandro
#33934 Ok je vois mieux, merci.

Je ne sais pas comment tu as pris le ton mais il n'y avait rien de spécial, j'était curieux de savoir pourquoi, rien de plus :|

Le tome 1 m'a beaucoup fait marrer par moment, notament quand il ecrit à son ami pour lui expliquer que la grosse prend tout ses IOD pour des signe d'intérêt :mrgreen:
By Tgaud
#33954 +1 le premier m'a bien fait marré c'est vrai, notamment la scene de l'opera avec l'ochestre.
Et même si il est vrai que niveau action il ne se passe rien, j'ai bcps aimé ses reflexions ou plutot le sujet de ses reflexions. J'ai gribouillé plein de pages à l'occasion.

Alors que dans le Deux, Meme si ses reflexions étaient pertinentes, elles intervenaient sur des sujets qui me tenaient moins à coeur (vu qu'elles ne m'ont pas marqué).
Cependant j'ai plus trop de souvenirs du deuxieme. La seule chose dont je me souviens c'est l'effet qu'il ma fait donc je vais le relire pour être sur.

Ps : Blusher il a quand meme lu le second au final? ou c'est le style Montherland qui la soulé?
By Philippe
#33965 [quote="Tgaud"]
Alors que dans le Deux, Meme si ses reflexions étaient pertinentes, elles intervenaient sur des sujets qui me tenaient moins à coeur (vu qu'elles ne m'ont pas marqué).

C'est un peu la réflexion que je me faisais. Mais après coup, je me suis dit que c'est dû peut-être à la découverte de SpikeSéduction and co, qui fait que nous avons plus de recul par rapport aux relations hommes/femmes et développement personnel.
Il faut penser que Montherlant est en avance sur son époque d'après ce que j'ai pu comprendre de son interview dans Le Parisien de 1937.

J'ai préféré aussi commencer avec le premier livre (pour commencer par le début) même si au final, l'inérêt est moindre que le 2 (Pitié pour les femmes) et le 3 (Le démon du bien) que je suis en train de finir (puis restera le 4 avec Les lépreuses) avec, je dirais, son combat pour faire face aux idées reçues, la société et lui-même.
Ca donne pas mal à réfléchir en tout cas tout cela!
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By Pliskin
#34019 [quote]ou c'est le style Montherland qui la soulé?

J'ai du mal à comprendre que l'on soi saoulé par un tel style; Ce mec parle vrai, trop vrai; de sorte que quand je sors de son univers; dans les minutes qui suivent, j'ai l'impression d'avoir pénétré la vérité.
By Tgaud
#40535 Petits passages que je voulais partager :
[quote]
Etre aimé plus qu'on n'aime est une des croix de la vie. Parceque cela vous contraint soit à feindre un sentiment de retour qu'on n'éprouve pas, soit à faire souffrir par sa froideur et ses rebuts. De toutes façon une contrainte (et un homme comme moi ne peut pas se sentir contraint, sous peine de devenir malfaisant), et de toutes façons de la souffrance. Bossuet a écrit fortement : << On fait un tort irréparable à la personne qu'on aime trop.>> C'est presque ce que j'ai écrit moi-même : << Vouloir aimer sans être aimé, c'est faire plus de mal que de bien.>> La conséquence est dans La Rochefoucauld : << Nous sommes plus prêts d'aimer ceux qui nous haïssent, que ceux qui nous aiment plus que nous ne voulons. >> Et votre serviteur de conclure : on ne devrait jamais dire à quelqu'un qu'on l'aime, sans lui demander pardon.
Qui j'aime, me prend partie de ma liberté, mais là, c'est moi qui l'ai voulu ; et on éprouve tant de plaisir à aimer, qu'on y sacrifie de grand coeur quelque chose. Qui m'aime, me la prend toute. Qui m'admire (comme écrivain), risque de me la prendre. Je redoute même ceux qui me comprennent, et c'est pourquoi je passe mon temps à brouiller mes traces : à la fois dans ma vie privée, et dans la personnalité que j'exprime par mes livres. Ce qui m'aurait charmé, si j'avais aimé Dieu, c'est la pensée que Dieu ne me rend rien.
Je redoute tout autant faut-il le dire, un désir physique qui se porterait sur moi, sans que j'en pusse rendre l'équivalent.
[...]
Je sais si bien comme il est dur d'être aimé plus qu'on n'aime, que je me suis toujours surveillé beaucoups quand je sentais que j'aimais plus que je n'étais aimé. Cela m'est arrivé quelquefois, pardi, et aussi de sentir que mon désir n'était accueilli que par complaisance : on avait des scrupules, ou on était froide. Quel soin j'apportait alors à ce que ma présence fût légère, de quels pas de chat j'avançais, avec quelle attention je guettais le premier signe de lassitude, pour faire machine arrière, espacer les rencontres!...Si j'en souffrais, faut-il le dire? Mais je savais que cela étais vital pour mes affaires, que je perdrais tout en cherchant à m'imposer, et enfin que c'était moi qui étais dans mon tort, en aimant trop.

Je connais bien l'amour ; c'est un sentiment pour lequel je n'ai pas d'estime. D'ailleurs il n'existe pas dans la nature; il est une invention des femmes. Ma tête serait mise à prix, que je me sentirais plus en sécurité dans le maquis, comme une bête traquée, que réfugié chez une femme qui m'aime d'amour.
Mais il y a l'affection. Et il y a l'affection mêlée de désir, grande chose.
[...]
Et enfin je n'aime pas qu'on ait besoin de moi, intellectuellement, << sentimentalement >>, ou charnellement. L'inexplicable plaisir que des êtres éprouvent de ma présence, les diminue à mes yeux. Que voulez-vous que ça me fasse, de compter dans l'univers des autres!


[quote]
... A cette répugnance à être aimés, qu'ont certains hommes, je vois plusieurs raisons, contradictoires comme de juste, l'incohérence étant trait de mâle.

Orgueil. : Désir de garder l'initiative. Dans l'amour qu'on nous porte, il y a quelquechose qui nous échappe, qui risque de nous sureprendre, peut-etre de nous déborder, qui attente à nous, qui veut nous manoeuvrer. Même dans l'amour, même en étant deux, on ne veut pas être deux, on veut rester seul.

Humilité, ou si le mot paraît trop fort, absence de fatuité. : L'humilité d'un homme lucide, qui ne se connaît pas tant de beauté ni tant de valeur, et trouve qu'il y a quelquechose de ridicule à ce que ses moindres gestes, paroles, silences, etc., créent bonheur ou malheur. Quel injuste pouvoir on lui donne ! Je ne fais pas grand cas de quelqu'un qui ose penser tout haut : << Elle m'aime >>, qui n'essaye pas au moins de diminuer la chose en disant : << Elle se monte la tête sur moi. >> Par quoi sans doute il rabaisse la femme, mais ne le fait que parceq que d'abord il s'est rabaissé soi-même.
Sentiment que je rapproche, par exemple, de celui de l'écrivain qui trouverait ridicule d'avoir des << disciples >>, parce qu'il sait de quoi est faite sa personnalité, et ce qu'il en retourne des << messages >>. Un homme digne de ce nom méprise l'influence qu'il exerce, en quelque sens qu'elle exerce, et subit de devoir en exercer une, comme la rançon de sa tarentule de s'exprimer. Nous, nous voulons ne pas dépendre. Et nous estimerions les âmes qui se mettent sous notre dépendance? C'est par une haute idée de la nature humaine, qu'on refuse à être chef.

Dignité. : Gêne et honte du rôle passif que joue un homme qui est aimé. Etre aimé, pense-t-il, est un état qui ne convient qu'aux femmes, aux bêtes et aux enfants. Se laisser embrasser, câliner, pressurer la main, regarder avec l'oeil noyé : pour un homme, pouah ! (La plupart des enfants eux-mêmes, si féminins qu'ils soient en France, n'aiment pas du tout qu'on les embrasse. Ils se laissent faire par politesse, et parce qu'il le faut bien, les grandes personnes étant plus musclées qu'eux. Leur impatience de ces suçotements n'échappe qu'au suçoteur, qui croit qu'ils en sont ravis.)

Désir de rester libre, de se préserver. : Un homme qui est aimé est prisonnier. Cela est trop connu, n'y insistons pas.


Pierre Costals (Henry de Montherland - Les jeunes filles)
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By ClairObscur
#47171 Sans doute comme beaucoup ici, j'ai découvert Montherlant grâce au Spike Club.
J'ai suivi les conseils, en commençant par "Pitié pour les femmes".

Résultat: en 2 jours la lecture était terminée (ce n'est pas un pavé), et les autres romans de la série sont en commande. Et je regretterais presque de l'avoir lu aussi vite pour pouvoir savourer un peu plus chaque page.

Je trouve le style de Montherlant particulièrement agréable à lire car simple, proche et réaliste. On ne part jamais sur des descriptions interminables, tout est concis et plein de sens, même (et surtout?) dans les parenthèses et les petites phrases acerbes que l'on trouve un peu partout. Tout ceci fait que dans ce livre, vous ne verrai pas ce qu'il y a à comprendre, mais vous le ressentirez.

Je confirme aussi que ce livre peut se lire sans aucun problème sans avoir lu "Les jeunes filles", il y a peu de références, et les quelques références sont facile à comprendre sans connaître toute l'histoire en détail. On trouve même, dans ma version (Folio) en tout cas, en pied de page des explications sur ces références.
By Kab
#64950 Up.

En attente de réédition depuis quelques années déjà, le volume 1 des Romans de Montherlant aux éditions de la Pléiade (celui qui contient la série des Jeunes Filles, entre autre) est disponible.

Ca tombe bien, c'est Noël.
Joyeux Noël donc !
ByWicked
#65208 Suite aux divers commentaires et propos positifs du livre, vous avez attiré un brin de curiosité, des gens éventuellement aimeraient s'en séparer? Je suis acheteur.